Agir
Détention
Le 21 mai à 6 heures du matin, des unités spéciales de la police autrichienne prirent d’assaut 23 bureaux et domiciles privés. Les portes furent enfoncées. Réveillés en sursaut, les habitants terrorisés se trouvèrent cernés dans leurs lits par des policiers cagoulés pointant des armes sur leurs têtes. Dix militants animalistes de longue date furent placés en détention provisoire. Le ministre de l’Intérieur se vanta d’avoir traqué et capturé un gang de criminels responsables de nombreux cas de vandalisme, d’incendies criminels, d’attaques au gaz et d’alertes à la bombe.
Il ne fut pas permis aux militants emprisonnés de savoir quels étaient précisément les actes qui leur étaient imputés. L’accès aux rapports de police leur a tout simplement été refusé. C'est pourquoi certains d'entre eux entamèrent une grève de la faim, demandant à avoir accès aux preuves ou à être libérés immédiatement. Des protestations s’élevèrent à la fois en Autriche et à l’étranger. Des critiques virulentes émanèrent d’Amnesty International, des Verts autrichiens et de plusieurs sociaux-démocrates ; des personnalités, telle que la lauréate du Prix Nobel Elfriede Jelinek, écrivirent des lettres de protestation. Des manifestations furent organisées à travers le monde devant les ambassades autrichiennes.
Lorsque certaines parties des dossiers furent enfin mises à leur disposition, les militants et leurs avocats soutinrent unanimement que les documents communiqués ne contenaient aucune preuve d’agissements criminels mais plutôt une liste d’activités tout à fait normales pour une ONG, comme organiser des manifestations ou des conférences publiques. Le ministère public refusa de commenter ces sérieuses objections, invoquant l’enquête toujours en cours et l'indépendance supposée de la justice. Un des prisonniers, Martin Balluch, titulaire d’un double doctorat et ancien assistant de recherche à l’université de Cambridge, poursuivit sa grève de la faim avec une admirable détermination durant 39 jours.
Plus tard, depuis sa prison, il a écrit dans une lettre: « Le 36e jour, alors que j’étais au plus bas, j’ai vécu des expériences de mort imminente. J’avais la forte impression d’être suspendu au-dessus d’un vide total. J’étais sur le point d‘y tomber. Je me représentais ma situation comme étant jusqu’au cou dans une crevasse, debout sur une glace si mince qu’elle ne pourrait supporter mon poids plus longtemps. Il m'était impossible de sortir de là par mes propres forces »
Rien dans les conditions de détention imposées aux militants ne témoigna du moindre respect pour la présomption d'innocence. Ils étaient enfermés 23 heures par jour dans des petites cellules ; il ne leur était permis qu’une heure de promenade dans une cour bétonnée. Ils ne pouvaient prendre une douche ou recevoir des visites que deux fois par semaine, et il leur était interdit tout contact physique avec leurs proches puisqu’ils ne pouvaient leur parler qu’à travers une cloison de verre pendant 30 minutes. Il n’est pas étonnant que certains des militants aient dû prendre des médicaments antidépresseurs.